Au cours de ces 7 jours dans la Bob Marshall Wilderness nous avons marché 158,25 km et fait 3338m de dénivelées.


Pendant les 4 premiers jours nous avons traversé presque exclusivement des forêts brûlées au cours des derniers incendies de 2007 et 2017.

Marcher au milieu de ces squelettes dressés carbonisés, entendre les grincements et gémissements lorsque le vent les fait osciller, enjamber ceux tombés au sol, fouler la terre noire de cendres et de charbon dans un silence sans oiseaux est plutôt sinistre.

Mais on assiste aussi au retour de la vie végétale : l'herbe foisonnante, des fraisiers en fleurs, les petits pins, premiers arbres à coloniser de nouveau les lieux, et surtout les fleurs, de la plus gracile à la plus flamboyante, apportant de petites touches de couleurs joyeuses à tout cet univers en renaissance.


Cette renaissance s'inscrit dans un cycle, où la forêt est amenée à brûler de temps en temps. Doit on compter en décennies ou en siècles entre deux incendies d'un même lieu ? Nous n'en savons rien.


Notre forme physique n'est pas encore au top...

Les sacs pèsent lourdement sur nos épaules et notre dos qui sont bien douloureux. Au point que Jean-Marc en est venu à douter de la poursuite de notre aventure.

Pour éviter un surcoût d'efforts nous optons pour les itinéraires avec le moins de dénivelées possibles et inventons même un parcours contournant le point d'orgue de cette partie du CDT : le Chinese Wall, spectaculaire muraille rocheuse de 15 km que nous devions longer sur toute sa longueur, ce que nous avions fait à 2 reprises il y a quelques années.


Nous voilà donc partis sur un haut plateau, aux alentours de 1500m d'altitude, avec pour tous repères, un bout partiel de carte sans échelle, photographié à la maison. Le sens de l'orientation de Jean Marc nous sert bien et, à part des raccourcis manqués, nous retrouvons l'itinéraire du CDT et ses marcheurs après les passages en altitude évités.

Toutefois, notre route ne nous a épargné que peu de dénivelé et distance.


A défaut de rencontres humaines, nous en avons fait d'autres et des mémorables !

Le premier jour nous avons suivi à rebours la piste d'un ours dont les empreintes étaient parfaitement marquées dans la boue.

Mais le deuxième jour c'est un jeune grizzli qui, venant à notre rencontre, ne nous a pas vu. Nous lui avons signalé à temps notre présence en parlant afin de ne pas le surprendre. Il s'est dressé sur ses pattes de derrière afin de voir à quoi il avait à faire comme font les ours car ils ont une mauvaise vue comparée à leur odorat et à leur ouïe. Puis il s'est enfui dans la montagne non sans se retourner et nous observer plusieurs fois.

Mes tentatives de photos et vidéos se sont révélées infructueuses à ma grande déception...

Difficile d'agir tout en surveillant...


Un autre jour, au sommet d'un chemin je me suis retrouvée devant deux ours noirs occupés à fouiller le sol. Il ne me perçoivent pas. Revenant sur mes pas, nous nous préparons avec Jean-Marc de la même manière, les ours nous entendent, se concertent en grognant et décident de nous laisser la place et s'éloignent tranquillement sur le bas côté.

Là encore pas de souvenir photographique...


Pendant cette traversée, à défaut d'arpenter les sentiers de plus haute altitude, nous avons admiré tous ces sommets encore enneigés, admiré aussi les nombreux méandres des affluents de la Sun River, rivière complètement sauvage, du haut de sentiers taillés à flanc de montagne.

Un matin, après une heure trente à deux heures de marche, comme chaque jour, nous avons pris notre petit déjeuner, assis sur un tronc devant un panorama exceptionnel et nous nous sommes dit, comme chante l'ours bien connu de tous : " Il en faut peu pour être heureux !"😉🤩